L’oracle de
Delphes
Dans l’Antiquité, l’oracle de Delphes jouait un rôle important non seulement dans la vie réelle, mais aussi dans les mythes. Les prophéties dictaient les destins des héroïnes et des héros. Leur voyage héroïque mènera également les visiteurs et les visiteuses jusqu’à Delphes, où ils recevront leur oracle personnel dans le temple d’Apollon.
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Delphes – le nombril du monde
Selon le mythe, Zeus, père des dieux, aurait un jour lâché deux aigles des extrémités est et ouest du monde pour déterminer le centre de la Terre. Les aigles se rencontrèrent à Delphes et désignèrent ainsi le site de l’oracle comme le centre du monde. Le point de rencontre mythique des aigles fut marqué par une pierre sacrée, l’omphalos (« nombril »). Situé dans le temple d’Apollon, il désigna Delphes comme le centre spirituel et géographique du monde.
Cet omphalos est inspiré de la pierre cultuelle originale qui se trouvait dans le Saint des saints du temple d’Apollon et qui était enveloppée d’un filet de laine. Ici, le tissu de laine est reproduit en relief.
Omphalos de Delphes, marbre, IVe s. av. J.-C. (?), Delphes, Musée archéologique
Image : Chabe01/ Wikimedia Commons : Omphalos, Delphes Omphalos, Delphes
De la terre à la lumière – la naissance mythique de l’oracle de Delphes
Delphes est située dans la campagne grecque de la région centrale de Phokis, l’actuelle Phocide, sur une pente abrupte au pied du mont Parnasse, au-dessus du golfe de Corinthe. La terre est très active sur le plan sismique et de nombreuses sources jaillissent de ses profondeurs. Les tremblements de terre et les éboulements ne sont pas chose rare.
C’est à Delphes, semble-t-il, que se manifestent les puissances de la terre et de la lumière. Ce lieu puissant fascinait déjà les hommes dans les temps anciens. Ils le choisirent comme lieu de culte de la Mère de toute chose : Gaïa, la puissante déesse de la Terre. Elle aurait été la première maîtresse de l’oracle delphique.
Bild: Holger Uwe Schmitt/ Wikimedia Commons: Delphes
Plus tard, Apollon, le dieu rayonnant de la lumière, prit possession du sanctuaire de la Terre-Mère. Selon une version du mythe, il tua le dragon Python, le fils de Gaïa, qui gardait l’oracle de sa mère et se rendit ainsi maître de Delphes.
La découverte d’idoles féminines témoigne sur le plan archéologique du culte voué à une déesse de la Terre à Delphes dès le XIIIe siècle avant J.-C.
Idoles féminines mycéniennes de Delphes, argile, peintes, XIIIe s. av. J.-C., Delphes, Musée archéologique
Image : Zde/Wikimedia Commons: Idole, Delphes
La découverte de statuettes masculines, interprétées comme des représentations d’Apollon, prouve que Delphes devint un lieu de culte de ce dieu à partir d’env. 800 av. J.-C.
Statuette d’Apollon de Delphes, bronze, vers 620 av. J.-C., Delphes, Musées archéologique
Image : Zde/Wikimedia Commons: Apollon, Delphes
Apollon
Le maître de la lumière et de la divination
Apollon était un dieu perpétuellement jeune et aux multiples facettes. Il était le dieu de la guérison, des arts et de la musique. Le surnom Phébus, le brillant, le désigne comme le dieu de la lumière pure et céleste. Dieu de la divination, il était le maître de l’oracle de Delphes. Il répondait aux questions d’ordre personnel, religieux ou politique et prodiguait des conseils dans toutes les situations. Cependant, ses réponses étaient toujours ambiguës. Surnommé Apollon Loxias, « l’oblique », il n’expliquait rien mais se contentait d’insinuer. Il appartenait à ceux qui posaient les questions d’interpréter eux-mêmes l’oracle.
En tant que dieu de la musique, Apollon est un joueur de cithare très doué. Ici, il tient cet instrument à cordes antique dans la main gauche et une coupe à offrandes dans la main droite. Sa longue chevelure bouclée est ornée d’une couronne de laurier, la plante sacrée d’Apollon.
Récipient à huile parfumée (lécythe) d’Athènes, argile, vers 480 av. J.-C., Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig, inv. Lu 41
Lorsque Crésus, roi de Lydie, consulta l’oracle pour savoir s’il devait entrer en guerre contre les Perses,
la réponse fut la suivante :
« Si tu traverses l’Halys, tu détruiras un grand empire. »
Crésus se réjouit, car il pensait que c’était le grand empire perse qu’il allait détruire. Il franchit le fleuve Halys, qui marquait la frontière entre la Lydie et la Perse, et fut écrasé par les Perses. Il avait mal interprété l’oracle : c’était son propre empire qu’il allait détruire en traversant l’Halys.
La Pythie
la porte-parole d’Apollon
« [...] et la prêtresse de Delphes, assise sur le trépied sacré, va faire entendre aux Grecs les oracles qu’Apollon lui inspire. »
Euripide, Ion 91–93 (traduction : M. Artaud)
La Pythie est assise sur un trépied dans le temple d’Apollon. Dans une main, elle tient une coupe, dans l’autre une branche de laurier. Devant elle, un homme barbu attend son oracle.
Les noms inscrits situent la scène dans le mythe : la Titanide Thémis (qui succéda à sa mère Gaïa et précéda Apollon, selon une version du mythe) rend un oracle au légendaire roi d’Athènes, Égée, qui consulta la Pythie au sujet de son désir d’enfant.
Coupe à vin (kylix) d’Athènes, vers 440 av. J.-C., Berlin, Staatliche Museen, Antikensammlung, inv. F 2538
Image : Zde/Wikimedia Commons: Pythie, Berlin
La Pythie rendait ses oracles assise sur un récipient à trois pieds fermé par un couvercle. Le trépied est ainsi devenu un symbole de l’art de la divination d’Apollon.
Trépied de Corinthe (?), bronze, vers 750 av. J.-C., Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig, inv. BS 554
La Pythie était la prophétesse d’Apollon, à travers laquelle le dieu s’adressait aux hommes. Elle tire son nom de l’ancienne appellation de Delphes, Pytho. Elle était choisie parmi les femmes de Delphes et assumait toute sa vie la fonction de « voix au centre du monde ». Seules quelques Pythies sont encore historiquement identifiables à ce jour.
Le déroulement de l’oracle
Nous ne connaissons pas le déroulement exact de l’oracle de Delphes. Bien que de nombreuses sources écrites datant de l’Antiquité mentionnent l’oracle, il n’existe aucune description cohérente du rituel. Le déroulement était-il si évident pour les auteurs antiques qu’ils n’ont pas jugé nécessaire de le décrire ? Ou avaient-ils peur de révéler des secrets divins ? Nous l’ignorons. Il est néanmoins possible de reconstituer approximativement le rituel de l’oracle delphique.
Avant l’oracle, la Pythie prenait un bain rituel dans la source sacrée de Castalie, tandis que les prêtres avaient recours au sacrifice d’une chèvre pour s’assurer qu’Apollon était prêt à communiquer. Si les signes étaient favorables, la Pythie se rendait au temple. Dans la partie la plus sacrée, l’adyton, elle s’asseyait sur un récipient à trois pieds, buvait de l’eau d’une source inspiratrice et mâchait des feuilles de laurier. Puis elle entrait dans une transe prophétique (en grec mania) avant d’être habitée par Apollon. Le dieu parlait à travers elle, pendant que les prêtres transcrivaient les oracles qu’elle prononçait.
Dans un premier temps, les personnes venant consulter l’oracle devaient elles aussi se laver à la source selon un rituel. Ensuite, elles faisaient la queue devant le temple, accomplissaient des rituels sacrificiels, payaient un droit à l’oracle et attendaient de pouvoir entrer dans l’adyton pour poser leurs questions à la Pythie.
Le moyen par lequel la Pythie entrait en transe est l’énigme la plus controversée de Delphes. Des sources écrites font état d’une mystérieuse émanation provenant de la terre, un pneuma au doux parfum qui aurait possédé un pouvoir prophétique. Existait-il vraiment des vapeurs s’échappant de la terre sous le temple ? Ou s’agissait-il d’un « souffle de l’oracle » surnaturel ? La Pythie prenait-elle des drogues qui altéraient sa conscience ou avait-elle recours à des pratiques spirituelles pour se mettre en transe ?
Ni les sources antiques ni les recherches modernes, tant géologiques qu’archéologiques, ne permettent d’apporter une réponse définitive à cette question.




